L’homme qui plantait des arbres est né aux Etats-Unis d’Amérique

The man who planted hope and grew happiness

Avant de vous présenter le texte de Giono, nous vous proposons une légère introduction. Notre objectif est de vous permettre de goûter toutes les nuances et saveurs de cette œuvre. En la resituant dans ses contextes historique et littéraire. L’homme qui plantait des arbres n’est pas une création banale. Une simple fable. C’est comme une peinture, un tableau. Il reflète les états d’âme de son auteur et de son environnement. Et interroge. Les mots, la langue renvoient à des images de l’époque, mais également à des questions aujourd’hui encore d’actualité. Et, chose étrange, l’oeuvre est née au USA.

Giono est sollicité par une revue américaine

Nous sommes en 1953, aux USA, dans l’Etat de New York, à Pleasantville. Siège de la revue américaine The Reader’s digest. Magazine mensuel d’informations grand public. Qui possède une édition française nommée Sélection du Reader’s digest. Le Rédacteur en chef cherche un-e journaliste ou écrivain-e pour sa prochaine rubrique

Le personnage le plus extraordinaire que j’ai rencontré 

Son adjoint lui parle de Giono.
« Jean Giono, est un écrivain français, né en 1895, âgé de 58 ans. Il a reçu un prix littéraire américain en 1929, le Prix Brentano, pour son premier roman Colline ».
L’adjoint ajoute que Giono est un Ecrivain régionaliste. Amoureux de la Haute Provence. Région qui inspire son œuvre. C’est un défenseur de la nature.
Le Rédacteur en chef méconnait cet auteur, mais dit « Ok ». Et envoie un courrier à Giono lui proposant d’écrire un billet sur ce sujet.

Giono s’inspire de deux éléments

Giono, intéressé, envoie un synopsis. Un résumé.
Deux éléments lui inspirent ce futur texte. L’un affectif et l’autre d’actualité.

. Son père. Jean-Antoine, cordonnier, anarchiste, d’origine Piémontaise.

Durant son enfance, Jean qui adore son papa, va se promener en sa compagnie. Et tous les deux emportent dans leurs poches des glands qu’ils plantent dans la terre à l’aide de leur canne, en espérant qu’ils deviendront de superbes chênes. A l’époque, la population est sensibilisée au reboisement de la région.

. Le reboisement des hauts plateaux de Provence

Ce second sujet est un point d’actualité important. Il a marqué l’enfance de Jean Giono.
Le reboisement des montagnes sèches du nord de la Méditerranée est un phénomène de très grande ampleur. Il a été lancé en France, au début des années 1860, à la fin d’une période climatique, connue sous le nom de Petit âge glaciaire. Un demi-siècle de grand froid qui s’étend de 1300 à 1860 et qui voit les glaciers de haute montagne s’étendre sur la vie rurale. Les politiques de reboisement ont pour objet de réduire l’érosion des versants, limiter les torrents et les crues. Redonner la vie naturelle d’origine à ces déserts. Freiner l’exode rural.

Etés très chauds. Hivers très froids. Pluies torrentielles

A la fin du 19° siècle, sur les montagnes de Provence, les étés sont très chauds. Les bergers et les animaux y survivent dans la pauvreté. Les hivers apportent de violentes pluies. L’eau n’est pas totalement retenue par la végétation inégale des plateaux. Elle dévale les pentes sous forme de torrents et inonde vallées et villages. Les torrents détruisent les habitations et les cultures. Les populations en souffrent. C’est la misère. Citons comme exemple un évènement dramatique. Le 26 juillet 1492, des pluies diluviennes entraînent une crue dévastatrice du Sasse. Le Mardaric, le torrent qui passe à côté de Bayons, connait une lave torrentielle qui détruit le village de Bayons, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Un arrêté du Parlement d’Aix-en-Provence datant de 1606 impose aux propriétaires de terrains, sur ces hauteurs, de planter des glands, afin d’arrêter l’érosion des sols et les inondations, sous peine d’expropriation.
Quelques articles et ouvrages sont écrits sur ce sujet par la suite.

Le reboisement du Diois

Il faut attendre 1819. Cette année-là, le Préfet des Basses Alpes évalue à 430.000 hectares le reboisement de la montagne de Provence.
Le reboisement de ces espaces d’altitude commence en 1860 avec une vaste campagne de reboisement du Diois. Notamment autour de Châtillon-en-Diois. Giono nait à cette époque, en 1865, à Manosque.
La population vit dans la pauvreté. Le reboisement de la montagne constitue une incontournable avancée sociale et économique pour la survie des populations en montagne et dans les plaines.
Ces évènements restent dans la mémoire collective régionale.

Extrait de l’aquarelle de Brigitte Boyer. Affiche du spectacle

Quiproquo avec le Reader’s Digest

Revenons à New York. A la vue du synopsis de Giono, le Comité de rédaction dit
« Ok. Votre idée est présélectionnée. Envoyez-nous le texte ».

Mais un quiproquo va naître. Le magazine américain attend un article. C’est-à-dire une réalité. Or, Giono est un romancier. Il part d’une réalité pour emporter le lecteur dans l’imaginaire. Il écrit des fictions.
Le rédacteur du Reader’s digest reçoit le texte et demande à Giono plus de précisions : les noms de lieux et du personnage. Giono s’exécute. Il apporte une date, un nom au berger et précise la région.
Le magazine américain, insatisfait, demande alors, à son correspondant local en France, de retrouver les traces de ce personnage extraordinaire, ce berger. Le correspondant se renseigne. Puis répond à la Rédaction que cette homme est imaginaire. Giono reçoit alors une lettre du Reader’s digest.
« Monsieur Giono votre texte n’est pas retenu. Il ne sera pas publié. Vous êtes un imposteur. »

Une femme va sauver cette oeuvre. Jessica Daves

Restons aux USA. New York Quartier de Manhattan.
En 1952, le grand magazine féminin américain Vogue, dont la diffusion est mondiale, change de Rédactrice en chef. Jessica Daves apporte un coup de fouet à la revue. Elle introduit l’art à côté de la mode.
Par son collègue du Reader’s digest, Jessica Daves a entendu parler de l’affaire du texte de Giono. Elle voyage souvent à Paris, siège des grands noms de la mode mondiale, des défilés de collections.
L’écrivain français ne lui est pas du tout indifférent. Quelques-unes de ses œuvres ont été traduites au cinéma et réalisées par Marcel Pagnol : Angèle, Regain, La femme du boulanger.
La nouvelle Rédactrice contacte Giono et lui demande son texte. Original en français. Elle lui propose de le publier sans aucune condition. Giono accepte et exonère Vogue des droits d’auteur, en guise de remerciements.

L’homme qui plantait des arbres sera sauvé par une femme.
En mars 1954, Vogue publie la nouvelle aux USA, en anglais,
« The man who planted hope and grew happiness »
(L’homme qui a semé le bonheur et fait pousser l’espoir). Giono n’avait pas donné de titre.
Une page entière, celle de gauche, est consacrée au récit de Giono. Sur l’autre page, celle de droite, en pleine page, figure une photo des hauts plateaux de Provence. Enorme succès aux USA.

Vogue. Mars 1954

L’œuvre littéraire sera traduite en 40 langues

Entre 1956 et 1958 l’œuvre parait en Grande Bretagne, en Allemagne et en Italie. En 1963, le magazine Vogue publie de nouveau le texte de Giono dans un volume anthologique The World in Vogue.
Jean Giono meurt en 1970. Près de vingt ans après sa première publication aux USA, l’original du texte de Giono, en langue française, va paraître en France. En 1973, la Revue Forestière, n°6, revue technique sur la nature, publie, pour la première fois, ce texte dans notre langue. C’est sa fille qui lui donne le titre français que nous connaissons. Ce récit fait le tour du monde. Aujourd’hui, il est traduit en 40 langues.

Guy Dieppedalle. Architecte de mots éphémères

Châtillon-en-Diois. Mur dédié à Jean Giono. Photo Jean-Luc Robert 2020

Sources principales

Centre Jean Giono, Manosque, Alpes-de-Haute-Provence.
Wikipedia Jean Giono
Raoul Blanchard. Persée. Déboisement et reboisement dans les Préalpes du sud
Fiche pédagogique de l’Académie de Versailles sur le film de Frédéric Back

Page complète sur le spectacle

L'oeuvre de Giono : L'homme qui plantait des arbres, est née aux USA. The man who planted hope and grew happiness. Enorme succès outre atlantique.

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