
Une lecture à la mise en scène allégée
Après le théâtre et la lecture en public, aujourd’hui, ma passion se tourne vers la Lecture théâtralisée.
Il s’agit d’une autre facette du spectacle vivant.
Un ou plusieurs artistes lisent à voix haute un texte en public. Une lecture souvent agrémentée d’une mise en scène allégée. Il s’agit d’un véritable spectacle. Mais ce sont la voix et le corps qui occupent le devant de la scène.
L’auteur. Un tremplin pour son œuvre.
Son texte s’en trouve valorisé. Dépouillé des habits habituels de théâtre que constituent la mise en scène, les costumes, les décors et lumières. Un minimum de texte à retenir pour l’artiste. Un récit mis à nu. Passé à la loupe. Croqué. Comme le dessin fin et détaillé d’un arbre en hiver. La beauté entrelacée des branches, sans le feuillage coloré de la mise en scène.
La lecture à voix haute et théâtralisée crée un lien direct entre l’auteur et son public. Un spectacle qui donne envie de lire ou de voir. La lecture devient le tremplin vers un parterre de lecteurs potentiels ou de spectateurs
Côté artistes. Place à la voix et ses silences.
La lectrice ou le lecteur campe sur scène. Son rôle consiste à transmettre. Comme un relai entre l’auteur et son public. L’artiste devient passeur. Imprégné de la psychologie du personnage. Certains éléments du texte seront appris par cœur : une technique théâtrale qui permet au lecteur ou à la lectrice de regarder le public, de s’exprimer.
La forme de transmission parait dépouillée. Un semblant de naturel. Un zeste de simplicité. Une feuille à la main ou posée sur un pupitre. Mais l’artiste entraîne le spectateur à travers sa voix. Les vagues de sa respiration. La musique de ses silences. Une brève intonation. L’articulation et la fluidité.
Place au corps.
Le corps s’invite à la fête et apporte un soutien à la transmission orale. Un geste. Une main tendue. Un regard vers le public ou le partenaire. Le lecteur ou la lectrice donne, ainsi, vie aux mots. Suggère une atmosphère. La lecture devient vivante. Vibrante. Sensuelle sur certains passages. Fougueuse. Absurde. Délirante.
Exercice difficile pour l’artiste.
Comme au théâtre, le récit emprunte une voie difficile. Un peu à la façon d’une diligence, aux roues de bois, qui emmène ses voyageurs sur un chemin tortueux et caillouteux. Tout se voit. Tout se ressent. Tout s’entend. La lectrice ou le lecteur ralentit aux virgules. S’arrête aux points. Les respirations imposent leurs rythmes.
L’artiste, dépouillé de son costume et de son décor qui le sécurisent, s’avance seul, face au public. Il ne fait que souffler sur les mots qu’il tient dans sa main. Du grand art de la scène.
Le public s’évade.
Il ferme les yeux. S’éclipse dans un voyage imaginaire. Et, comme un voilier aux voiles déployées, il place toute sa confiance dans le vent du large.
Guy Dieppedalle
Comédien, lecteur et conteur.
Billet d’humeur. 09 2026
