Le monologue théâtral

Billet d’humeur

Le monologue est un travail de troupe de théâtre
Interview de Philippe Reyné, comédien

GD. Philippe. Depuis de nombreuses années tu présentes des monologues au public. Ce qui t’amène à te poser quelques questions.

PR. Pourquoi un grand nombre de festivals excluent-ils les monologues de leur programmation ?
Pourquoi entend-on si souvent « C’est pas pour notre public » ?
Quelles représentations peuvent avoir les organisateurs, le public, sur les monologues ?

GD. Quelle est ta définition du monologue ?
PR. Le « monologue » (monos-logos) est, au théâtre le discours qu’un personnage se tient à lui-même, détaché du « dialogue » (on dit aussi « tirade »), et par extension c’est aussi une pièce destinée à être interprétée par un seul comédien.
Ceci n’exclut donc pas l’existence de plusieurs personnages : « Monsieur Malaussène au théâtre » de Daniel Pennac en compte 19 (et un chien). Philippe Caubère nous a habitué ce genre d’exercice dans « Le roman d’un acteur ».
Il suppose par contre une gymnastique particulière dans la scénographie, dans le travail de la voix, de la posture, etc… pour que le spectateur puisse s’y retrouver.

Il en est des monologues comme des pièces à plusieurs personnages : ils peuvent être drôles, dramatiques, simplement distrayants ou nous amener à des réflexions et des remises en question que seul le théâtre peut engendrer.

Philippe Reyné-Le paquet

GD. Que penses-tu du One man show ?

PR. Je voudrais distinguer le « monologue théâtral », où le comédien doit se mettre au service du texte pour l’interpréter au plus juste (comme dans toute approche d’un personnage finalement), le « one man show » (où le texte est écrit pour faire briller le comédien) et le « stand-up » où le comédien parle à la première personne dans un récit prétendument autobiographique.

Oublions un instant le « Stand up » et le « One man show » très à la mode aujourd’hui puisqu’ils sont basés sur la notoriété d’un interprète dont on peut tirer des profits importants et qu’on peut remplacer le lendemain. La com. est essentielle, le texte souvent pauvre. Très médiatisé.

GD. Parlons du monologue théâtral

PR. Si l’on ne parle que du monologue théâtral, pourquoi ce traitement particulier ? Qu’est-ce qui compte finalement au théâtre ? De créer une illusion, celle d’une histoire qui se déroule sous nos yeux, de susciter des émotions, d’amener des réflexions….. Dans un monologue, l’attention du spectateur est focalisée sur un point unique : le comédien. C’est à lui de créer du mouvement, des espaces différents, du dialogue, avec le public ou entre plusieurs personnages que le public matérialisera. Ce n’est qu’une illusion supplémentaire à celle que l’on propose habituellement : une histoire censée se dérouler en « direct » ! Et bien là on y rajoute celle de plusieurs personnages interprétés par un seul comédien. Et s’il n’y a qu’un seul personnage, l’exigence du spectateur reste la même : qu’il soit crédible, nous fasse partager ses émotions, nous fasse rire, pleurer, parfois les deux, nous emporte avec lui dès le premier regard, pour nous lâcher au noir final. Le théâtre, quoi !

Pour ma part, la seule chose qui compte, finalement, c’est la qualité du spectacle proposé, et même si c’est éminemment subjectif, ce doit être le seul critère pour choisir d’aller voir un spectacle ou de le programmer.

GD. Travail solitaire ou d’équipe ?
PR. Le monologue est aussi un travail de troupe : comédien, metteur en scène, directeur d’acteur, créateur lumière, technicien, choix des musiques, bande son, affiches, photographie, avis extérieurs. Qu’importe le nombre de comédiens, c’est l’équipe formée autour d’un projet et son implication qui permettent d’aller loin. Avec, comme dans toute création, le risque, terrible, de se planter. Et la peur, toujours présente, chaque soir, de ne pas y arriver.

Philippe Reyné

Propos recueillis par Guy Dieppedalle. Architecte de mots éphémères

Philippe Reyné est comédien de la compagnie « Illusoire Jardin »
https://www.facebook.com/pages/Illusoire-Jardin/545399362256498

Philippe Reyné – Photo Eloïse Lesage & Emile Zeizig-mascarille.com