La force du silence sur scène… Un exercice difficile autour de la lecture publique ou du théâtre. Billet d’humeur de Guy Dieppedalle.

Billet d’humeur

Je t’écris aujourd’hui en tant que comédien. L’un des exercices les plus difficiles auquel je me suis confronté. Apprendre le silence sur scène.
Le vide crée l’anxiété. La tendance que nous avons est donc de toujours tenter de combler les manques. Le tract te prends et en rajoute. Alors l’exercice de dire un texte, lentement, en respirant, en articulant, semble complexe.

L’énergie du corps

Un temps de silence permet de remettre ton corps droit. Debout. Les pieds enracinés sur les planches du théâtre. Vers la terre. Le haut de ta tête tendue vers le ciel. Comme l’arbre de la vie. Ancrage corporel. Nuque ferme. Regard puissant vers le public. Sourire intérieur. Energie. Passion. Détente. Avant l’assaut des mots.

La puissance de la respiration

Un espace libre de mots permet de prendre du recul. Trouver une ou deux secondes de calme. Reprendre le souffle. C’est-à-dire la vie. Respirer sa voix. Sentir le vent dans les voiles de ton être. Respiration abdominale. Car c’est l’abdomen qui respire. Qui fait vibrer ton corps. Exprimer tes passions. Qui évite d’abimer tes cordes vocales si tu n’as que la gorge pour t’exprimer. Prendre de la puissance. Comme un oiseau s’élance dans le ciel. Le plus loin possible. Car, sur scène, ta voix doit s’adresser aux spectateurs qui se trouvent au dernier rang. Là-bas. Au fond de la salle.

Le poids de l’imaginaire

Le public s’engouffre par la porte des silences. Afin de mieux comprendre le présent. Imaginer. Acte de créativité. Les mots naissent du silence. La pièce prend vie. Tu es un intermédiaire entre l’auteur d’un texte et le public venu l’écouter. Le déguster. L’interroger. Tu es un passeur. Difficile de sauter une virgule, un point. Sans dénaturer l’œuvre de l’auteur. Celui-ci a prévu des espaces où le silence prend la parole.

La force de l’articulation

Le silence est un levain dans la pâte du souffle. La puissance du souffle donne sa force à l’articulation des phrases. L’articulation se nourrit de ces minuscules silences emmagasinés dans la reprise de ta respiration. Elle caresse chaque mot. Met en valeur. Suggère. Précise. Nuance. Colorie. Réchauffe ou refroidit. Comme un plat que tu as soigneusement préparé pour recevoir dignement tes invités.

 

Guy Dieppedalle
Architecte de mots éphémères
Mars 2018

Ce qu’en pense Louis Jouvet

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